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20-08-2008      
 

Canada les minorités francophones se mobilisent pour continuer à exister

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Un combat pour le français face à la domination anglophone.

Les 400 ans de la ville de Québec, en août prochain, célèbreront la présence francophone en Amérique du Nord. Alors que plus de six millions de francophones peuplent le Québec, un peu mois de 600 000 francophones vivent de l’autre côté du Canada, dans la partie anglophone. Leur existence, souvent inconnue, ne tient parfois qu’à la présence et à l’action de communautés combatives. Et c’est au Manitoba, Imageau beau milieu des prairies canadiennes, que l’une de ces communautés francophones hors-Québec est particulièrement active face à la domination de l’anglais.

Les Franco-Manitobains, comme ils sont appelés, sont 43 500. Les anglophones, eux, sont 1 million 133 mille. Face à ce poids considérable, garder son français n’est pas une mince affaire. Même après avoir suivi une éducation en français, beaucoup de jeunes commencent petit à petit à perdre l’usage de la langue de Molière et les capacités à s’exprimer. En cause : la culture étasunienne qui séduit et rayonne notamment par ses films, ses séries télévisées ou ses musiques. Parler l’anglais est aussi une tendance à la mode, affichée dans les couloirs de l’université et des écoles francophones. C’est parfois aussi en anglais qu’il est seulement possible de suivre certaines activités extra-scolaires.

Mais à la fin des études secondaires, l’usage de l’anglais devient une nécessité économique. Les choix de programmes d’études en français sont limités ; les opportunités de trouver du travail, réduites. Et c’est l’usage du français qui en pâtît.

D’année en année, le vocabulaire et la grammaire de certains Franco-Manitobains s’appauvrissent. S’exprimer en français devient difficile, parfois maladroit. On manque de mots. On utilise un anglicisme ou le synonyme anglais. Même entre francophones, l’anglais devient parfois la langue naturelle pour communiquer. Ce phénomène est plus présent chez la jeune génération qui bénéficie pourtant d’une scolarisation dans un milieu francophone.

Jusqu’en 1970, en effet, le français a été interdit en tant que langue d’enseignement au Manitoba. Dans certaines écoles, cependant, des professeurs résistaient à leur façon. Des procédures d’urgence, similaires à celles organisées pour prévenir les incendies, étaient ainsi répétées régulièrement : quand un inspecteur arrivait en classe, les élèves devaient sortir leurs manuels anglais et s’exprimer dans la langue officielle. Conscients de la fragilité de l’existence de leur langue, beaucoup étaient alors convaincus de la nécessité de garder leur langue maternelle. Près de 40 ans plus tard, et alors que les gouvernements provinciaux et fédéraux ont réalisé de nombreuses avancées au profit du français, ce sentiment semble moins présent auprès de la nouvelle génération. Le français continuera-t-il d’exister dans les prochaines années ? Certains diront que cela est peu probable et qu’il faut dès maintenant cesser de financer les différents plans fédéraux destinés à soutenir la francophonie. Pourtant, cette réponse ignorerait le travail et les efforts de la communauté francophone pour préserver leur langue.

Dans les secteurs associatif, culturel, scolaire, politique ou économique, de nombreux organismes font vivre la francophonie. Parmi les nombreuses initiatives qui sont menées, figurent le soutien à la création d’entreprises, la lutte pour l’accès à la santé ou à la justice en français, ou la possibilité de s’exprimer musicalement sur l’une des scènes de la communauté. L’objectif : développer les services en français et multiplier les occasions de s’exprimer en français. Et rendre ainsi la connaissance et l’utilisation de l’anglais moins indispensables. Mais ces programmes sont coûteux et dépendent du bon vouloir du gouvernement fédéral. La suppression d’un programme d’aide juridique en français, en 2007, suscita ainsi le mécontentement de la communauté franco-manitobaine.

L’augmentation du nombre de francophones, ou au moins, son maintien, sont rendus d’autant plus indispensables qu’ils représentent une raison de plus pour forcer le gouvernement à agir. Le futur de la communauté semble pouvoir être assuré grâce à l’immigration.

Du réfugié Congolais à l’immigré belge ou marocain, la communauté franco-manitobaine accueille chaque année de nouveaux francophones qui viennent gonfler les statistiques. Quand certains organismes se chargent de faire la promotion du Manitoba français en dehors du Canada, d’autres s’assurent de l’accueil de cette nouvelle population parfois peu habituée au mode de vie occidental. Cette immigration dessine un nouveau visage de la communauté franco-manitobaine, plus coloré qu’il pouvait l’être autrefois.

Alors les Franco-Manitobains s’adaptent. Ils reviennent sur certains principes pour mieux en préserver d’autres. Ils élisent un homme d’origine sénégalaise à la tête de l’organisme politique de la communauté, la Société franco-manitobaine, mais refusent de changer le nom de cet organisme en « Société des francophones du Manitoba », afin de préserver le mot « manitobain » qui souligne les racines francophones de la province.

Un autre exemple vient du Collège universitaire francophone de la communauté. Avec l’afflux d’étudiants étrangers, ce dernier a mis à disposition des étudiants musulmans un lieu de prière, au milieu de sa chapelle. Mais chaque étudiant international s’est vu remettre un petit guide présentant les habitudes des professeurs canadiens et leurs exigences. « L’adaptation se fait dans les deux sens », affirme-t-on.

Au Québec, le débat sur l’identité québécoise suscité par une forte immigration a parfois été le lieu d’expression d’opinions racistes ou discriminants. A l’inverse, la communauté franco-manitobaine semble tirer de cette diversité un atout majeur, et une condition nécessaire à sa survie.

Source: mediapart
Lien: Site officiel des Franco-Manitobains.
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